Compagnie aérienne
Air France
AF · AFR · AIRFRANSFranceAir France to KLM
Société Air France, SA
268
Appareils
En service au 31 décembre 2025
42,3M
Passagers
en 2025
Identité
- IATA
- AF
- OACI
- AFR
- Indicatif radio
- AIRFRANS
- Création
- 30 août 1933
- Premier vol commercial
- 7 octobre 1933
Entreprise
- Raison sociale
- Société Air France, SA
- Siège
- Roissypôle, aéroport Charles-de-Gaulle, Tremblay-en-France
- Pays
- France
- Maison mère
- Air France to KLM
- Situation
- En activité
Réseau
- Alliance
- SkyTeam, membre fondateur (2000)
- Coefficient d'occupation
- 86,7 %
Hubs et bases
Paris-Charles-de-GaulleCDG
Hub · depuis 1974
Paris-OrlyORY
Hub secondaire
Nice-Côte d'AzurNCE
Base

Air France est la compagnie nationale française et, avec KLM, l'une des deux compagnies du groupe Air France-KLM. Elle est AF pour les systèmes de réservation, AFR pour le contrôle aérien et AIRFRANS à la radio. Sa maison est Paris-Charles-de-Gaulle, où elle exploite le plus grand hub de correspondances d'Europe continentale, doublé à Orly d'une activité plus intérieure : l'aéroport qu'elle a quitté il y a un demi-siècle sans jamais l'abandonner tout à fait.
Elle naît le 30 août 1933 de cinq compagnies françaises en difficulté et hérite de l'une d'elles, Air Orient, l'hippocampe ailé qui figure depuis lors sur ses appareils. Nationalisée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dirigée pendant cinquante ans comme une entreprise d'État, elle a porté l'ambition industrielle française aussi visiblement que ses passagers : la Caravelle, premier avion de ligne à réaction conçu en France et vendu à l'étranger ; Concorde, que deux compagnies seulement ont exploité en ligne régulière, et elle fut de celles-là.

Au 31 décembre 2025, la compagnie et sa filiale régionale alignaient 268 appareils ; sur l'année, son réseau passagers a transporté 42,3 millions de personnes, avec un coefficient d'occupation de 86,7 %. L'entreprise derrière le nom n'est plus seulement française : depuis le 5 mai 2004, Air France est la moitié d'Air France-KLM, groupe franco-néerlandais où deux compagnies nationales ont gardé leur nom, leurs équipages et leurs livrées, et mettent en commun presque tout le reste.
Fondation
La France aborde les années 1930 avec trop de compagnies et pas assez de trafic. Cinq d'entre elles sont nommées dans la fusion, Air Orient, Air Union, la CIDNA, la maison Farman et l'Aéropostale, toutes subventionnées, toutes perdant de l'argent, et en 1933 l'État se lasse de payer cinq fois pour un seul réseau. La généalogie ci-dessous retrace les trois décennies de fusions, syndicats et filiales coloniales qui les ont produites, ainsi que la nouvelle consolidation de 1941.
La compagnie issue de la fusion est constituée le 30 août 1933 et prend un nom proposé par un journaliste, Georges Raffalovitch. Air France commence à voler le 7 octobre depuis Le Bourget, avec quelques dizaines d'appareils d'une douzaine de types et une carte des lignes qui est en réalité l'inventaire de la politique étrangère française : Méditerranée, Afrique du Nord et de l'Ouest, Levant, Indochine, Amérique du Sud. D'Air Orient elle reprend l'emblème : un hippocampe ailé, dessiné pour la ligne d'Indochine, que le personnel appellera « la crevette » et que la compagnie n'a jamais remplacé.
La flotte d'avant-guerre est surtout française et surtout lente. Le Potez 62, bimoteur à aile haute et fuselage en bois, emporte quatorze à seize passagers dans deux compartiments, croise autour de 150 kt et devient la bête de somme des lignes européennes et coloniales. Le réseau s'étend plus qu'il ne se modernise, et les lignes de l'Est se comptent en jours de voyage. Puis vient la guerre : la compagnie replie ce qu'elle peut sur Casablanca, et ce qui reste en France est réquisitionné, dispersé ou détruit.
Nationalisation et reconstruction
Le 26 juin 1945, l'ensemble du transport aérien français est nationalisé, et un décret de décembre confie à Air France la gestion du réseau national. La compagnie est reconstituée en Société nationale Air France le 1er janvier 1946, et trois années d'extraordinaire reconstruction suivent. Elle ouvre une aérogare urbaine aux Invalides, en plein Paris, reliée au Bourget par autocars. Elle recrute ses premières hôtesses de l'air en 1946. Le 1er juillet de la même année, elle inaugure Paris-New York en Douglas DC-4, avec escales à Shannon et Gander, en un peu moins de vingt heures.
Le statut qui régira la compagnie pendant un demi-siècle date du 16 juin 1948 : une loi crée la Compagnie nationale Air France, l'État détenant soixante-dix pour cent du capital, part qui atteindra en pratique la quasi-totalité. Max Hymans en est nommé président en août et le restera treize ans ; la modernisation de la flotte, et finalement le choix du réacteur, lui reviennent.

En 1948, la compagnie exploite environ 130 appareils, l'une des plus grandes flottes du monde, et revendique le plus long réseau. À partir de 1947, le Lockheed Constellation puis le Super Constellation assurent les longs-courriers : pressurisés, quadrimoteurs, à triple dérive, et assez rapides pour ramener l'Amérique du Nord à une seule nuit de vol plutôt qu'à une expédition. Ils serviront jusqu'en 1965 ; à cette date, les avions garés à côté d'eux sur l'aire sont des jets.
L'ère du réacteur

Air France entre tôt dans l'ère du réacteur, par une audace bientôt démentie : en août 1953, elle met le de Havilland Comet 1A sur Paris-Rome-Beyrouth, quelques mois avant l'immobilisation mondiale du type. La base d'exploitation et d'entretien a rejoint la nouvelle aérogare d'Orly-Sud en 1952, et la compagnie passe le reste de la décennie à attendre des réacteurs qui tiennent.

Ils viendront de Toulouse. La Caravelle de Sud Aviation (biréacteur, moteurs à l'arrière pour laisser l'aile propre, cinq passagers de front) est commandée par Air France en 1956 et entre en service commercial en 1959, sur Paris-Rome-Athènes-Istanbul. La compagnie baptise chaque appareil du nom d'une province : *Alsace*, *Lorraine*, *Touraine*, *Picardie*. La Caravelle est silencieuse là où les premiers réacteurs sont bruyants, confortable là où ils sont étriqués ; elle se vend à des compagnies de tous les continents et tranche la question de savoir si la France sait construire et exporter un avion de ligne moderne. Le Boeing 707 arrive en parallèle pour le long-courrier, et l'exploitation continue en jet date de 1960.
Ces mêmes années apportent la part la moins aéronautique de l'histoire. Les gouvernements passent les années 1960 à partager le monde entre leurs compagnies par décret : le réseau intérieur revient à Air Inter en 1960 et, à partir de 1963, des régions entières (Afrique de l'Ouest et australe, Australie, Pacifique, une bonne part de l'Asie du Sud-Est) sont transférées à la compagnie privée UTA. Air France grandit dans l'espace qu'on lui laisse et, l'assouplissement venu en 1986, se retrouve concurrencée sur ses propres lignes par un rival que l'État avait construit.

En 1974, la compagnie s'installe au nouvel aéroport Charles-de-Gaulle, à Roissy, au nord de Paris, et devient le premier exploitant de l'Airbus A300, le biréacteur gros-porteur par lequel Airbus commence. Le Boeing 747 est arrivé en 1970 et donnera finalement à Air France l'une des plus grandes flottes de jumbos du monde, trente-trois appareils lors du cinquantenaire de 1983, quand la compagnie exploite une centaine de jets vers 150 destinations dans 73 pays, avec plus de 34 000 salariés.
Le supersonique
Le 21 janvier 1976, à la même heure qu'un Concorde de British Airways quittant Londres pour Bahreïn, le F-BVFA d'Air France décolle de Charles-de-Gaulle pour Rio de Janeiro via Dakar. Le supersonique commercial régulier commence, et deux compagnies seulement, dans toute l'histoire de l'aviation, l'exploiteront.
La ligne qui compte est l'Atlantique Nord, et elle suppose l'accord américain. Washington-Dulles vient le 24 mai 1976 ; New York, retardé par les protestations contre le bruit, le 22 novembre 1977. Paris-New York demande environ trois heures vingt à deux fois la vitesse du son, contre sept ou huit heures en subsonique : le seul produit de l'aviation commerciale qu'aucun prix ne pouvait égaler. Air France exploite sept Concorde, dessert Mexico via Washington et affrète largement l'appareil ; la flotte n'a jamais tenu la promesse économique de ses concepteurs, et les deux exploitants l'ont en pratique fait voler comme un service de prestige pour une clientèle réduite, fidèle et très fortunée.

La fin vient en deux temps. Le 25 juillet 2000, le Concorde du vol AF4590 roule sur une lamelle métallique restée sur la piste de Charles-de-Gaulle, éclate un pneu, perfore un réservoir et s'écrase sur un hôtel de Gonesse deux minutes après le décollage, tuant les 109 personnes à bord et quatre au sol. Le type est immobilisé, modifié (réservoirs doublés de Kevlar, pneus résistants à l'éclatement) et remis en service en 2001, sur un marché transatlantique effondré. Air France retire Concorde fin mai 2003, British Airways en octobre, et les avions de ligne les plus rapides jamais exploités rejoignent les musées, dont l'un au Bourget, à portée de vue de l'endroit où Air France a commencé.
Concentration et fusion
La politique qui partageait la France entre trois compagnies est défaite en une seule décision. Le 12 janvier 1990, les activités d'Air France, entreprise publique, d'Air Inter, semi-publique, et d'UTA, privée, fusionnent dans une compagnie élargie, au motif qu'un marché aérien européen en voie de libéralisation récompensera la taille et punira un pavillon national délibérément maintenu petit. Une holding, Groupe Air France, suit en 1994 ; Air Inter Europe est absorbée en 1997 ; et c'est dans ces mêmes années qu'est construit le hub de Charles-de-Gaulle, avec ses vagues d'arrivées et de départs calées les unes sur les autres.
La privatisation vient ensuite, prudemment. Le gouvernement approuve une cession partielle en février 1999 et les actions sont cotées à Paris le 22. En juin, la compagnie signe un partenariat transatlantique avec Delta Air Lines ; le 22 juin 2000, ce partenariat devient SkyTeam, fondé avec Delta, Aeroméxico et Korean Air, aujourd'hui l'une des trois alliances mondiales.

Le mouvement décisif est la fusion avec KLM, annoncée le 30 septembre 2003 et réalisée le 5 mai 2004. Le montage était inédit et a tenu : une holding cotée, Air France-KLM, propriétaire de deux compagnies qui gardent leur nom, leur identité nationale, leurs hubs et leurs équipages, tout en mettant en commun la construction du réseau, la stratégie de flotte, la maintenance et la vente. Les actionnaires d'Air France détiennent au départ 81 % du nouvel ensemble, et la part de l'État français passe de 54,4 % de l'ancienne société à 44 % de la nouvelle, puis, au fil des cessions, bien en dessous du quart : de sorte que la fusion fut, en fait, la privatisation. L'État demeure le premier actionnaire du groupe.
Air France-KLM a été un temps le premier groupe aérien mondial par le chiffre d'affaires. En 2025, toutes compagnies confondues, il a transporté 102,8 millions de passagers pour un chiffre d'affaires record de 33,0 milliards d'euros ; la part propre d'Air France s'élevait à 42,3 millions de passagers. Le groupe est dirigé par Benjamin Smith ; Air France l'est depuis décembre 2018 par Anne Rigail.
Réseau et hubs

Air France est construite autour d'un aéroport. Charles-de-Gaulle est un hub de correspondances au sens strict : les arrivées et les départs long-courriers sont groupés en vagues, et les vols moyen-courriers et régionaux sont calés pour les alimenter, de sorte qu'un passager venu d'une ville européenne ou d'une ville française de province atteint presque toutes les destinations de la compagnie avec une seule escale à Paris. Le terminal 2 est en pratique le bâtiment de la compagnie, 2E et 2F pour le long-courrier et le Schengen, avec la maintenance, le commissariat et le siège du groupe sur le même site, à Roissypôle.

Orly, que la compagnie a quitté pour Roissy en 1974, a gardé le trafic qui n'a pas besoin de correspondance : la Corse, les départements et territoires d'outre-mer, le Maghreb, l'Europe du Sud et les grandes lignes intérieures. C'est aussi la base de Transavia France, la compagnie à bas coûts du groupe, qui a repris l'essentiel du point à point qu'un réseau classique ne sait plus exploiter avec profit. Le régional est assuré par Air France Hop en Embraer, et Nice est une base d'équipages et d'appareils plutôt qu'un hub.

L'alliance et les coentreprises étendent la carte bien au-delà de la flotte. Air France est membre fondateur de SkyTeam, et son activité transatlantique est conduite en coentreprise avec Delta, KLM et Virgin Atlantic, où capacités, horaires et recettes sont partagés et non simplement mis en partage de codes. À côté de cela, la compagnie garde une exposition singulièrement large : l'outre-mer français, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale sont des marchés qu'elle dessert sans interruption depuis l'avant-guerre, et où aucun concurrent européen n'a de présence comparable.
En 2025, le réseau passagers d'Air France a transporté 42,3 millions de personnes, 17,2 millions sur les lignes long-courrières et 25,1 millions sur le court et moyen-courrier, en remplissant 86,7 % des sièges offerts.
La flotte

Au 31 décembre 2025, Air France et sa filiale régionale exploitaient 268 appareils : 120 long-courriers, 107 moyen-courriers, 39 régionaux et deux avions-cargos. La flotte long-courrière repose sur deux familles, 61 Boeing 777, dont 43 exemplaires du -300ER, et une série croissante de 41 Airbus A350-900, à quoi s'ajoutent dix Boeing 787-9 et les huit derniers Airbus A330-200. Le moyen-courrier est désormais mené par l'Airbus A220-300, avec 52 appareils en service, tandis que les A318 et A319 restants ne se comptent plus que par unités.

La flotte se renouvelle plutôt qu'elle ne grandit, et le calcul est assumé : les appareils de nouvelle génération consomment nettement moins de carburant par siège que ceux qu'ils remplacent et, fin 2025, ils représentaient 35 % de la flotte du groupe Air France-KLM, soit huit points de plus qu'un an plus tôt, pour un objectif affiché de 80 % en 2030. La part d'Air France dans ce mouvement, c'est l'A350 sur le long-courrier, l'A220 et la famille A320neo sur le moyen-courrier, l'Embraer 195-E2 sur le régional.

Ce qui a disparu en dit autant que ce qui est arrivé. Le Boeing 747 a volé pour la compagnie de 1970 à un vol d'adieu le 14 janvier 2016, quarante-six ans, et longtemps l'appareil sur lequel le réseau long-courrier a été bâti. Les dix Airbus A380, livrés à partir de 2009 et longtemps navires amiraux des lignes Paris-New York et Paris-Los Angeles, ont été retirés du service en mai 2020, en pleine pandémie, plusieurs années avant la date prévue. L'encyclopédie traite ces types pour eux-mêmes ; ils marquent ici la forme d'une flotte passée résolument de quatre moteurs à deux.
Cabines et service

Air France vend quatre cabines sur ses lignes long-courrières et trois en Europe. La Première n'existe que sur quelques Boeing 777-300ER et reste volontairement minuscule : quatre places dans un appareil qui en compte près de trois cents, avec salon privé à Charles-de-Gaulle, voiture jusqu'à la passerelle et service de table confié à des chefs signataires. Une suite entièrement nouvelle a été dévoilée en 2024 et a volé pour la première fois le 8 avril 2025, de Paris à New York.

C'est la classe Affaires qui fait vivre la compagnie. Le siège actuel : un lit entièrement plat en configuration 1-2-1, où chacun accède au couloir sans enjamber personne : a été introduit sur Boeing 777 en juin 2014, puis étendu à la flotte long-courrière, remplaçant les sièges inclinés et les rangées 2-3-2 qui l'avaient précédé. La Premium Economy, cabine distincte de sièges coque inclinables apparue fin 2009, s'intercale entre Affaires et Économie, et la classe Économie occupe le reste de l'appareil, avec des écrans individuels sur toute la flotte long-courrière.

Le service autour du siège est la part la plus durable de la marque. Le champagne est proposé dans toutes les cabines, y compris en Économie, et depuis assez longtemps pour que ce soit son absence qui ferait l'événement. Les uniformes sont l'œuvre de maisons de couture françaises, les actuels sont dessinés par Christian Lacroix, et l'activité de commissariat née des cuisines de la compagnie, Servair, a grandi jusqu'à fournir d'autres transporteurs. C'est une promesse de service qui repose sur la francité, et la compagnie ne s'en est jamais cachée.
Livrée et identité

Ce qu'il y a de plus ancien chez Air France, c'est son emblème. L'hippocampe ailé, dessiné pour Air Orient, est entré avec cette compagnie dans la fusion de 1933 ; quatre-vingt-dix ans plus tard, il figure toujours sur le nez et sur les nacelles de chaque appareil. Le personnel l'appelle « la crevette », précisément le genre d'affection qu'aucune identité visuelle ne se conçoit pour obtenir.
La livrée a changé quatre fois sur le fond. Jusqu'à la fin des années 1970, les avions portaient un ventre en métal nu sous un bandeau bleu courant à hauteur des hublots, un dessus de fuselage blanc et deux gros traits bleus effilés sur la dérive : le schéma dans lequel ont volé les Constellation, les Caravelle, les 707 et les premiers 747. À partir de la fin des années 1970 vient l'« Eurowhite » encore reconnaissable aujourd'hui, fuselage blanc, inscriptions bleues, et traits rouges et bleus parallèles inclinés sur l'empennage.
En janvier 2009, la compagnie adopte un logo réduit à une barre rouge et déploie le 11 février une livrée révisée : les quatre traits de la dérive passent à trois et s'incurvent en bas, en écho à la nouvelle marque. Le Boeing 787 apporte en 2017 des inscriptions agrandies. L'Airbus A350 apporte en 2019 des winglets bleus frappés de l'hippocampe, et avec eux le retour d'une vieille habitude : baptiser chaque appareil du nom d'un lieu français, le premier A350 pour Toulouse, comme les Caravelle l'avaient été pour les provinces. Depuis 2021, l'hippocampe se place aussi entre les vitres du poste et les portes avant, là où figurait la marque SkyTeam.

Rien de tout cela n'est tapageur. L'identité visuelle de la compagnie n'est jamais sortie du bleu, du blanc et du rouge, et sa signature la plus forte reste un dessin des années 1930 qu'aucune refonte n'a su améliorer.
Sécurité
Le bilan de la compagnie compte quatre événements qui l'ont marquée. La Caravelle du vol AF1611 prend feu en vol au large de Nice le 11 septembre 1968 et s'abîme en Méditerranée avec quatre-vingt-quinze personnes à bord ; la cause en est discutée depuis. Le 24 décembre 1994, le vol AF8969 est pris au sol à Alger par quatre membres du Groupe islamique armé, qui tuent trois passagers avant que l'appareil ne soit autorisé à rejoindre Marseille, où le GIGN donne l'assaut le 26. La perte du Concorde F-BTSC à Gonesse, le 25 juillet 2000, fait 113 morts et met de fait un terme à l'ère supersonique.

La marque la plus profonde est celle du vol AF447. Le 1er juin 2009, un Airbus A330-200 reliant Rio de Janeiro à Paris traverse une ligne d'orages en croisière et des cristaux de glace obstruent ses sondes Pitot. Les indications de vitesse deviennent incohérentes, le pilote automatique se déconnecte et, dans les quatre minutes et demie qui suivent, la réaction de l'équipage place l'avion dans un décrochage dont il ne sortira pas. Les 228 personnes à bord sont tuées. L'épave repose sous près de quatre kilomètres d'eau ; les enregistreurs ne sont remontés qu'en mai 2011 et le rapport final du BEA paraît le 5 juillet 2012.
Ce rapport est d'une netteté rare sur la manière dont l'accident se partage. Les sondes Pitot étaient d'un modèle déjà connu pour givrer, et la réponse du constructeur aux événements antérieurs avait été lente ; l'équipage, confronté de nuit et au-dessus de l'océan à une panne qui le privait de sa référence de vitesse, a maintenu des ordres à cabrer et n'a pas identifié le décrochage. Les recommandations de l'enquête ont dépassé les deux entreprises pour atteindre la formation des pilotes de ligne au pilotage manuel à haute altitude : un sujet que la profession avait largement cessé d'enseigner, et qu'elle enseigne de nouveau.
Les suites judiciaires ont duré dix-sept ans. Un tribunal français a relaxé Air France et Airbus du chef d'homicides involontaires en 2023, retenant des fautes mais aucun lien de causalité certain. Le 21 mai 2026, la cour d'appel de Paris a infirmé ce jugement et déclaré les deux sociétés coupables, jugeant qu'Airbus avait sous-estimé un défaut de sonde connu et qu'Air France n'avait pas suffisamment formé ses équipages à y faire face, et prononçant contre chacune l'amende maximale de 225 000 euros. Toutes deux ont annoncé un pourvoi en cassation et, en septembre 2026, l'affaire n'est pas définitivement jugée.
Postérité
Air France occupe en France une place qu'aucune autre entreprise ne tient tout à fait. Assemblée par l'État, possédée par lui pendant un demi-siècle, elle a été employée délibérément comme instrument de la présence française outre-mer, en Afrique, au Levant, aux Antilles, dans le Pacifique, sur des lignes qui portaient l'administration et le peuplement autant que le tourisme. Ses affiches furent commandées à des dessinateurs du rang de Jean Carlu, ses uniformes à des maisons de couture, ses avions baptisés du nom des provinces et des villes. Il en résulte une marque perçue dans le pays comme un bien public plutôt que comme une société cotée : l'une des raisons pour lesquelles une grève à Air France est une nouvelle nationale et une hausse tarifaire un argument politique.
Son héritage aéronautique est plus précis : elle fut le client de lancement qui rendit crédibles les avions français puis européens. La Caravelle a prouvé qu'un réacteur français pouvait se vendre dans le monde entier, l'A300 puis l'A320 ont donné à Airbus ses premiers exploitants, et Concorde, deux compagnies seulement l'ont exploité en ligne régulière, l'a inscrite pour toujours dans l'histoire de ce que l'aviation a tenté avant d'y renoncer. Cette histoire se raconte désormais dans les musées ; l'un de ses Concorde repose au Bourget, à quelques kilomètres du terrain d'où la compagnie s'est envolée le premier jour, en 1933.
Ce qui subsiste de la compagnie d'origine est plus modeste et plus étrange que tout cela : une crevette, dessinée pour une ligne d'Indochine dans les années 1920, vole encore sur le nez de chacun de ses appareils.
La flotte
En service au 31 décembre 2025
Long-courrier
Boeing 777-300ER
43
Boeing 777-200ER
18
Airbus A350-900
41
Boeing 787-9
10
Airbus A330-200
8
Total120
Moyen-courrier
Airbus A220-300
52
Airbus A320
36
Airbus A321
12
Airbus A318
4
Airbus A319
3
Total107
Régional
Embraer 190
27
Embraer 170
12
Total39
Fret
Boeing 777F
2
Total2
Cabines
La Première
La première classe, et la plus petite cabine vendue par la compagnie : quelques suites, un salon dédié à Charles-de-Gaulle et une voiture jusqu'au pied de l'avion. Une nouvelle suite est entrée en service en avril 2025.
Disponible surCertains Boeing 777-300ER
Affaires
Un lit entièrement plat avec accès direct au couloir, en configuration 1-2-1, introduit sur Boeing 777 en juin 2014 puis étendu à la flotte long-courrier. Sur les lignes européennes, la classe Affaires occupe les premiers rangs d'une cabine monocouloir, siège du milieu neutralisé.
Disponible surTous les appareils long-courriers
Premium Economy
Une cabine distincte de sièges coque inclinables, introduite à partir de la fin 2009, vendue entre les classes Affaires et Économie, avec services prioritaires au sol et franchise bagages élargie.
Disponible surTous les appareils long-courriers
Économie
La cabine la plus vaste de chaque appareil, avec écrans individuels sur toute la flotte long-courrière et rangées à espacement renforcé vendues sous le nom de Seat Plus. Le champagne est servi dans toutes les cabines, habitude à laquelle la compagnie n'a jamais renoncé.
Filiales
- Air France Hop
- L'activité régionale, qui exploite des Embraer sur les lignes intérieures et les courtes lignes européennes.
- Transavia France
- La compagnie à bas coûts française du groupe, basée à Orly et en croissance depuis les aéroports de province.
- Servair
- L'activité de commissariat aérien née des cuisines de la compagnie.
Généalogie
Comment le transport aérien français a convergé vers Air France, d'après le tableau généalogique classique des lignes aériennes françaises, 1909-1941. Les cases chaudes forment la lignée principale : l'entreprise elle-même, qui se perpétue sous un nom après l'autre : les Lignes Latécoère de 1918 deviennent la C.G.E.A., puis l'Aéropostale, dont les actifs passent le 31 mai 1933 à la S.C.E.L.A., qui prend le nom d'Air France en octobre et est réorganisée en 1941. Chaque case pâle est une compagnie distincte, venue de l'extérieur. Quatre d'entre elles, Air Union, la S.G.T.A. (Farman), la C.I.D.N.A. et Air Orient, fusionnent le 19 mai 1933 pour constituer la S.C.E.L.A. elle-même ; les autres sont des lignes coloniales, postales et transatlantiques absorbées par la suite. La distinction compte : une compagnie aérienne n'est pas seulement ce qu'elle est devenue, c'est aussi ce qu'elle a racheté.
Faites défiler pour voir le schéma en entier
Chronologie
30 août 1933
Constitution d'Air France
Cinq compagnies (Air Orient, Air Union, la CIDNA, les lignes Farman et ce qui reste de l'Aéropostale) fusionnent en une seule compagnie nationale.
7 octobre 1933
Premier service, au départ du Bourget
La nouvelle compagnie commence à exploiter les lignes dont elle a hérité, sous un seul nom et un seul hippocampe ailé.
1 janvier 1946
Société nationale Air France
Le transport aérien français ayant été nationalisé en juin 1945, la compagnie est reconstituée en entreprise d'État et reçoit le réseau national.
16 juin 1948
Compagnie nationale Air France
Une loi dote la compagnie de son statut ; l'État détient soixante-dix pour cent du capital.
1959
Mise en service de la Caravelle
Le premier avion de ligne à réaction français prend en charge le réseau européen, sur Paris-Rome-Athènes-Istanbul.
1970
Premier Boeing 747
La compagnie devient l'un des premiers exploitants du 747, puis l'un des plus importants, et volera sur le type pendant quarante-six ans.
1974
L'installation à Roissy
L'exploitation se déplace vers le nouvel aéroport Charles-de-Gaulle, au nord de Paris ; la même année, la compagnie devient le premier exploitant de l'Airbus A300.
21 janvier 1976
Concorde entre en service
F-BVFA quitte Charles-de-Gaulle pour Rio de Janeiro via Dakar, à la même heure que British Airways quitte Londres pour Bahreïn.
12 janvier 1990
Absorption d'Air Inter et d'UTA
Les composantes publique, semi-publique et privée de la politique aérienne française sont réunies dans une Air France élargie.
22 février 1999
Introduction à la Bourse de Paris
Privatisation partielle : les actions de la compagnie sont cotées pour la première fois.
22 juin 2000
Fondation de SkyTeam
Avec Delta, Aeroméxico et Korean Air, la compagnie transforme son partenariat transatlantique en alliance mondiale.
5 mai 2004
Fusion avec KLM
Air France-KLM est créé : une société holding, deux compagnies nationales qui conservent leur nom et leurs équipages.
14 janvier 2016
Dernier vol du 747
Un vol d'adieu retire du service le Boeing 747-400, et avec lui le quadriréacteur géant de la flotte.
mai 2020
Retrait de l'A380
Les dix Airbus A380 sont retirés du service pendant la pandémie, mettant fin à une décennie d'exploitation plusieurs années avant la date prévue.
8 avril 2025
Premier vol de la nouvelle Première
La nouvelle suite de première classe entre en service sur la ligne Paris-New York, à bord d'un Boeing 777-300ER.
Accidents et événements marquants
Consignés comme les enquêteurs les ont consignés : ce qui s'est passé, où, et combien de personnes ont péri. Accidents mortels et événements qui ont changé la compagnie, par ordre chronologique.
11 septembre 1968
AF1611
Sud Aviation Caravelle IIILa Méditerranée au large de Nice, France
L'appareil a pris feu en vol sur le court trajet Ajaccio-Nice et s'est abîmé en mer. Les quatre-vingt-quinze personnes à bord ont toutes péri. L'origine de l'incendie reste discutée, et l'hypothèse d'un tir de missile égaré a refait surface en 2011.
95 morts95 personnes à bord
24 décembre 1994
AF8969
Airbus A300B2Alger, puis Marseille, France
Quatre membres du Groupe islamique armé se sont emparés de l'appareil au sol à Alger et ont tué trois passagers en deux jours. Après son transfert à Marseille, le GIGN a donné l'assaut le 26 décembre et abattu les quatre pirates de l'air ; neuf gendarmes et seize autres personnes ont été blessés, et les 229 autres occupants ont survécu.
7 morts236 personnes à bord
25 juillet 2000
AF4590
ConcordeGonesse, près de Paris, France
Au décollage de Charles-de-Gaulle pour un vol charter à destination de New York, l'appareil a roulé sur une lamelle métallique perdue par un avion parti juste avant. Un pneu a éclaté, des fragments ont perforé un réservoir, le carburant échappé s'est enflammé et deux moteurs ont perdu leur poussée. L'avion s'est écrasé sur un hôtel deux minutes plus tard. Les 109 personnes à bord et quatre au sol ont été tuées. Ce fut le seul accident mortel des vingt-sept ans d'exploitation du Concorde.
113 morts (dont 4 au sol)109 personnes à bord
1 juin 2009
AF447
Airbus A330-200L'Atlantique Sud, en route de Rio de Janeiro à Paris
Des cristaux de glace ont obstrué les sondes Pitot en croisière, les indications de vitesse sont devenues incohérentes et le pilote automatique s'est déconnecté. La réaction de l'équipage a placé l'appareil en décrochage à haute altitude, dont il n'est pas sorti ; il a heurté l'océan quatre minutes et demie plus tard. Les 228 personnes à bord ont toutes péri. C'est l'accident le plus meurtrier de l'histoire de la compagnie.
228 morts228 personnes à bord
Dans le catalogue
Les appareils au cœur de l'histoire de cette compagnie, tels que l'encyclopédie les recense.
- Full Year 2025 results — press release, 19 February 2026, Air France–KLM
- AF447 flight: Airbus to lodge an appeal with the Court of Cassation following the Paris Court of Appeal decision, Airbus
- Final report on the accident on 1 June 2009 to the Airbus A330-203 registered F-GZCP operated by Air France, flight AF 447 Rio de Janeiro – Paris, BEA — Bureau d'Enquêtes et d'Analyses pour la sécurité de l'aviation civile
- Accident on 25 July 2000 at La Patte d'Oie in Gonesse to the Concorde registered F-BTSC operated by Air France, BEA — Bureau d'Enquêtes et d'Analyses pour la sécurité de l'aviation civile
- French court finds Airbus, Air France guilty of manslaughter in 2009 crash, 21 May 2026, Al Jazeera
- Généalogie de la compagnie Air France, Aéroplanes.fr
- Air France, Wikipedia
- Air France fleet, Wikipedia
- Air France Flight 447, Wikipedia
- Air France Flight 4590, Wikipedia
Vérifié le 4 septembre 2026
