Moteur
Pratt & Whitney PW4000
Pratt & WhitneyÉtats-Unis
- Type
- Turbosoufflante à grand taux de dilution
- Mise en service
- 1987
4,8–5:1
Taux de dilution
435,9kN
Poussée maximale
Valeurs pour : série PW4000-94 (fiche de données du certificat de type EASA IM.E.050) ; les poussées ci-dessous couvrent les trois diamètres de soufflante
Général
- Type
- Turbosoufflante à grand taux de dilution
- Statut
- En service
Programme
- Mise en service
- 1987
- Production
- 1984 to present
- Exemplaires construits
- 2 500 (en juin 2017)
Architecture
- Configuration
- Double corps, flux axial : soufflante mono-étage, compresseur et turbine haute pression sur l'arbre intérieur, turbine basse pression entraînant la soufflante. Aubes de turbine monocristallines, disques en métallurgie des poudres, régulation numérique à pleine autorité.
Masse et encombrement
- Diamètre de soufflante
- 94,02 in
- Masse à sec
- 9 420 lb
- Longueur
- 153,54 in
- Hauteur
- 97,64 in
Performances
- Poussée
- 275,8 kN
- Taux de dilution
- 4,8–5:1
- Taux de compression global
- 27,5–32,3:1

Le Pratt & Whitney PW4000 n'est pas un moteur mais trois, qui partagent un nom, un concept de base et pas grand-chose d'autre. C'est une famille de turbosoufflantes double corps à grand taux de dilution construites autour de trois diamètres de soufflante (94, 100 et 112 pouces) chacune développée pour une classe d'avions différente, chacune dotée de son propre certificat de type, et chacune séparée de la suivante par assez de poussée pour appartenir à une autre génération. Ensemble, elles ont motorisé les Boeing 747-400, 767 et 777, les Airbus A300-600, A310 et A330, et le McDonnell Douglas MD-11.
Le nom est donc moins utile qu'il n'y paraît. Un PW4056 sur un Boeing 767 et un PW4090 sur un Boeing 777 partagent une philosophie de conception, un constructeur et quatre chiffres ; ils ne partagent ni soufflante, ni certificat, ni classe de poussée, ni, en pratique, magasin de pièces. Traiter le PW4000 comme un seul moteur est un raccourci commode et un moyen fiable de se tromper à son sujet.
Le moteur a succédé au JT9D, la turbosoufflante qui avait rendu le 747 possible et donné à Pratt & Whitney le marché des gros-porteurs dans les années 1970. Le PW4000 répondait à ce que General Electric et Rolls-Royce avaient appris dans la décennie suivante, et à un environnement d'exploitation qui jugeait désormais les moteurs sur la consommation et le coût d'entretien plutôt que sur la seule poussée. Il tourne pour la première fois en avril 1984, est certifié en juillet 1986 et entre en service en juin 1987.
Les trois familles divergent nettement en taille. Le moteur de 94 pouces est donné entre 52 000 et 62 000 lb de poussée au décollage, pèse 9 420 lb à sec et mesure 13 ft hors tout. Celui de 100 pouces, conçu pour l'A330, couvre 64 500 à 70 000 lb et pèse 12 900 lb. Celui de 112 pouces, conçu pour le 777, occupe ce que Pratt & Whitney appelle « la classe de poussée de 74 000 à 90 000 livres », un moteur d'un autre ordre, et celui qui a attiré le plus d'attention, pas toujours souhaitée.
Plus de 2 500 PW4000 avaient été livrés à la mi-2017, date à laquelle la famille avait dépassé 135 millions d'heures de vol. Il reste en service sur trois continents et en production pour le ravitailleur Boeing KC-46, quatre décennies après le premier tour.
Avions équipés de ce moteur
Année d'entrée en service de chaque avion avec ce moteur.
Boeing 747-400
Soufflante de 94 pouces.
Boeing 767
Soufflante de 94 pouces, toujours en production pour le ravitailleur KC-46.
Airbus A300-600 et A310
Soufflante de 94 pouces.
McDonnell Douglas MD-11
Soufflante de 94 pouces, sous les désignations PW4460 et PW4462.
Airbus A330
Soufflante de 100 pouces, fournie en ensemble propulsif complet.
Boeing 777
Soufflante de 112 pouces, sur les 777-200, 777-200ER et 777-300 seulement.
Scaled Composites Stratolaunch
Six PW4056 récupérés sur des Boeing 747-400 retirés du service.
7 avions
Développement
Le PW4000 commence comme le remplaçant d'un succès. Le JT9D avait lancé l'ère des gros-porteurs sur le 747 en 1970, puis équipé le DC-10, le L-1011 et les premiers 767, mais au début des années 1980 il se faisait dépasser en ventes. Le CF6 de General Electric avait gagné du terrain sur chaque cellule qu'ils partageaient, et les prix du pétrole des années 1970 avaient durablement changé ce que les compagnies demandaient à un moteur. Pratt & Whitney avait besoin d'un moteur neuf qui ressemble au JT9D pour un service d'entretien et ne lui ressemble en rien sur une feuille de consommation.
Le premier PW4000 tourne en avril 1984 avec une soufflante de 94 pouces, est certifié par la Federal Aviation Administration en juillet 1986 et entre en service en juin 1987. Il conserve l'architecture double corps du JT9D, un corps basse pression portant la soufflante et une turbine basse pression, un corps haute pression portant le compresseur et sa turbine, plutôt que de suivre Rolls-Royce vers trois arbres. Ce qui change, c'est tout l'intérieur : aubes de turbine monocristallines, disques en métallurgie des poudres, et régulation numérique à pleine autorité à la place de la régulation hydromécanique du JT9D.

Le moteur de 94 pouces a ensuite équipé un ensemble de cellules remarquablement large pour un seul certificat. Celui-ci couvre quinze modèles, PW4050, 4052, 4056, 4060, 4060A, 4060C, 4062 et 4062A, avec les PW4152, 4156, 4156A, 4158, 4160, 4460 et 4462, répartis sur les Boeing 747 et 767, le MD-11 et les Airbus A300-600 et A310. La numérotation est transparente une fois vue : les chiffres après le 4 donnent la poussée en milliers de livres, si bien qu'un PW4056 est un moteur de 56 000 lb et un PW4062 un moteur de 62 000 lb.
Une deuxième famille suit pour l'Airbus A330, la soufflante portée à 100 pouces et la poussée relevée entre 64 500 et 70 000 lb. Introduit en 1994, ce moteur fut, selon les termes de Pratt & Whitney, « le premier de l'histoire de l'aviation à être qualifié pour les opérations ETOPS avant son entrée en service », affirmation inhabituelle, car l'approbation ETOPS s'était toujours gagnée en accumulant de l'expérience en service plutôt qu'en l'obtenant d'avance. Le moteur est aujourd'hui approuvé pour 180 minutes d'ETOPS.
La troisième famille fut la plus grande. Le développement du moteur de 112 pouces pour le Boeing 777 commence en octobre 1990, atteint 100 000 lb de poussée au banc en mai 1993, et reçoit l'approbation ETOPS 180 minutes dès l'entrée en service en juin 1995. Pratt & Whitney l'oppose au GE90 de General Electric et au Trent 800 de Rolls-Royce dans la seule compétition moteur à trois de cette ampleur, et le PW4000 de 112 pouces emporte une part substantielle des premiers 777.
La famille n'a pas cessé d'évoluer depuis. Le programme PW4170 Advantage70, certifié pour l'A330, est proposé aussi bien en moteur neuf qu'en kit de modernisation pour des moteurs déjà en service, et Pratt & Whitney lui attribue « une augmentation de poussée de 2 %, une réduction de plus de 1 % de la consommation de carburant, une durabilité accrue et des coûts de maintenance réduits ». C'est le schéma que l'industrie a adopté : un moteur mûr amélioré par paquets plutôt que remplacé.
Conception
Le PW4000 est une turbosoufflante axiale à double corps, c'est-à-dire qu'il répartit le travail sur deux arbres concentriques plutôt que sur les trois que préfère Rolls-Royce. Le corps basse pression porte la soufflante et la turbine basse pression qui l'entraîne ; le corps haute pression porte le compresseur haute pression et sa turbine. C'est l'arrangement le plus simple, avec moins de paliers et moins d'éléments à équilibrer, au prix d'exiger de chaque étage de compresseur qu'il travaille dans une plage de conditions plus large qu'un moteur trois corps ne le demande aux siens.
Ce que Pratt & Whitney y a apporté, ce sont les matériaux. Le constructeur cite « des superalliages monocristallins, des disques en métallurgie des poudres et une régulation électronique numérique à pleine autorité (FADEC) » comme technologies caractéristiques du moteur. Une aube de turbine monocristalline est coulée sans aucun joint de grain, ce qui supprime les chemins par lesquels le fluage et les fissures de fatigue progressent normalement à chaud ; un disque en métallurgie des poudres atteint une homogénéité de structure qu'un forgeage à partir de lingot ne permet pas. Les deux étaient coûteux et relativement neufs en 1984, et les deux sont banals aujourd'hui, ce qui mesure ce que cette génération a accompli plutôt que ce qu'elle valait.

La soufflante est la différence visible entre les trois familles, et la raison pour laquelle chacune a eu besoin de son propre certificat. À 94 pouces, elle donne un taux de dilution de 4,8 à 5,0 et un taux de compression global compris entre 27,5 et 32,3 au décollage. À 100 pouces, ces valeurs deviennent 5,0 et 32,0 à 35,4. Le taux de compression de soufflante, de combien la soufflante seule comprime l'air qu'elle déplace, va de 1,65 à 1,80 sur le moteur de 94 pouces et vaut 1,75 sur celui de 100 pouces. Ce sont de petits nombres décrivant de grandes machines : l'essentiel de la poussée vient de déplacer beaucoup d'air un peu plus vite, et non peu d'air beaucoup plus vite.
La soufflante de 112 pouces du moteur de 777 est en titane, creuse, et assez grande pour que ses aubes soient numérotées individuellement et suivies tout au long de leur vie. C'est aussi, comme la section suivante le décrit, la partie du moteur qui a défini son dossier de sécurité. Pratt & Whitney note que le carter de soufflante peut être séparé du cœur pour une expédition fractionnée « sans perturber les compartiments de paliers », et qu'un moteur complet tient dans un 747 cargo, une logistique qui compte plus qu'il n'y paraît lorsqu'un moteur de rechange doit rejoindre un avion de l'autre côté d'un océan.
La modularité fut un objectif de conception en soi, et Pratt & Whitney la met encore en avant : le moteur de 112 pouces « conserve l'excellente accessibilité et la modularité des composants des autres membres de la famille PW4000, afin de réduire le temps et le coût de maintenance ». Pour un moteur qui passe sa vie à être démonté et remonté dans des ateliers répartis sur plusieurs continents, la manière dont il se démonte relève autant de la spécification que la poussée qu'il produit : et c'est la partie que la comptabilité d'une compagnie remarque.
La poussée plafonnée est publiée en température plutôt qu'en altitude. Le moteur de 94 pouces tient sa poussée nominale au décollage jusqu'à 86 ou 92 °F selon le modèle ; celui de 100 pouces jusqu'à 86 °F. Au-delà, le moteur commence à perdre de la poussée à mesure que l'air se raréfie avec la chaleur, ce qui explique que le choix d'une compagnie entre deux modèles séparés de quelques milliers de livres soit souvent, en réalité, un choix sur les après-midi d'été qu'elle compte exploiter.
Les certificats consignent aussi une chose facile à négliger : ce que les poussées publiées supposent. Les deux fiches de données précisent que les valeurs sont « idéales et fondées sur les conditions de l'atmosphère standard OACI, une entrée d'air de type bellmouth à paroi rigide Pratt & Whitney, aucun prélèvement d'air soufflante ou compresseur ni charge sur les entraînements d'accessoires, un système d'échappement sans pertes de pression internes ni frottement externe, et des coefficients de vitesse de conduit de soufflante et de tuyère primaire égaux à 1,0 ». Aucun moteur installé sur une aile ne voit jamais rien de tout cela. La poussée nominale est une condition de référence, pas une promesse sur un mardi donné.
Carburant et carburation
Les deux certificats de type du PW4000 consacrent au carburant une note qui en dit plus sur la façon dont on exploite les moteurs que sur leur fonctionnement. Les carburants et additifs conformes à l'édition en vigueur d'un bulletin de service Pratt & Whitney approuvé par la FAA « peuvent être utilisés séparément ou mélangés en toutes proportions sans nuire au fonctionnement ni à la puissance du moteur ». Cette phrase existe parce qu'un avion s'avitaille là où il se pose, et qu'un moteur certifié sur une seule spécification serait un moteur impossible à faire partir de la moitié des aéroports du monde.
Le dosage est électronique, et l'a été dès l'origine : le PW4000 fut l'un des premiers gros moteurs civils à arriver avec une régulation numérique à pleine autorité plutôt qu'à l'acquérir ensuite. Le calculateur règle le débit de carburant en fonction de la poussée demandée, des conditions ambiantes et de l'état mesuré du moteur, et c'est pourquoi les poussées publiées peuvent être plafonnées en température : la régulation maintient la poussée commandée à mesure que l'air se réchauffe, en échangeant contre elle de la marge de température turbine, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de marge à échanger.
Les certificats en explicitent la conséquence à un endroit inattendu. Sur le moteur de 100 pouces, la température maximale admissible des gaz d'échappement dépend de la version du logiciel de régulation installée. La température la plus élevée à laquelle la turbine peut légalement tourner est donc une propriété du standard logiciel et non du matériel : ce qui signifie qu'un moteur peut recevoir une limite différente en chargeant une autre version, et que la documentation qui régit une turbosoufflante moderne parle autant de code que de pièces coulées.
Production
Le PW4000 est construit par Pratt & Whitney à East Hartford, dans le Connecticut, adresse que les deux certificats de type donnent comme celle du constructeur et, à la date de leur délivrance, du détenteur du certificat, alors la division Pratt & Whitney de United Technologies Corporation. La maison mère a changé deux fois depuis : United Technologies a fusionné avec Raytheon en 2020, et l'ensemble s'est rebaptisé RTX en 2023. La documentation du moteur a survécu à deux noms d'entreprise.
La production du moteur de 94 pouces ne s'est jamais tout à fait arrêtée, parce que la cellule du Boeing 767 non plus. Le ravitailleur KC-46 Pegasus, que l'US Air Force a commandé comme dérivé du 767, utilise des PW4062, et ce programme a maintenu une chaîne en activité pour un moteur dont les commandes civiles s'étaient par ailleurs taries des décennies après son introduction.
La fabrication est répartie depuis longtemps. Le PW4000 a été construit avec des partenaires à risques partagés prenant en charge des modules définis, plutôt que par une seule entreprise fabriquant chaque pièce : un montage qui devenait la norme pour les gros moteurs civils dans les années 1980 et qui répartissait l'énorme coût de développement d'un nouveau groupe motopropulseur de gros-porteur sur plusieurs bilans. C'est une des raisons pour lesquelles la famille a pu porter trois diamètres de soufflante.
Les approbations européennes sont arrivées par une voie inhabituelle, que les certificats consignent. Le certificat de type EASA du moteur de 100 pouces repose sur un certificat de type moteur de la DGAC française, numéro M-IM 37, délivré avant septembre 2003 à la suite d'une recommandation des Joint Aviation Authorities datée du 18 mai 1994, une chaîne de trois régulateurs sur trois décennies, conservée dans un document que la plupart des lecteurs n'ouvriront jamais.
En service
Le PW4000 de 94 pouces entre en service sur les Boeing 747-400 et 767, puis se répand. Le certificat de type distingue les modèles non seulement par la poussée mais par la cellule : le PW4056 est donné pour 56 750 lb au décollage sur le 747 comme sur le 767, mais son régime continu maximal est de 47 970 lb sur le 747 et de 49 530 lb sur le 767. Le même moteur, certifié deux fois, parce que ce que l'installation lui demande diffère.

Sur l'A300-600 et l'A310, les PW4152, 4156A et 4158 affrontent le CF6-80C2 ; sur le MD-11, les PW4460 et 4462 affrontent le même moteur. Le marché des gros-porteurs des années 1980 et 1990 se caractérisait par deux moteurs se retrouvant sur chaque cellule, et l'histoire commerciale du PW4000 est largement celle de ce duel. Là où Pratt & Whitney l'emporta franchement, ce fut au lancement de l'A330 et sur une part substantielle des premiers 777.
Un détail du certificat de 94 pouces montre la finesse de ces réglages. Le régime de décollage peut normalement être tenu cinq minutes, mais le certificat note que « la limite normale de cinq minutes au décollage peut être portée à dix minutes en cas de panne moteur » : la tolérance qui permet à un biréacteur de s'éloigner sur un seul moteur sans dépasser une limite publiée. C'est une seule phrase, et c'est ce qui sépare un certificat décrivant un moteur d'un certificat décrivant un moteur en difficulté.
La carrière du moteur de 112 pouces sur 777 a été longue et, pour l'essentiel, sans histoire, au sens où une compagnie l'entend. Pratt & Whitney le décrit comme « le leader en fiabilité, en expérience et en opérations ETOPS pour le 777 », et il a motorisé des 777-200, 777-200ER et 777-300 chez United, All Nippon Airways, Japan Airlines et Korean Air, entre autres. Sa liste de modèles actuelle est courte (PW4074, 4074D, 4077, 4077D, 4084D, 4090 et 4090-3) et n'inclut notablement pas le PW4098, le membre le plus poussé de la famille, absent à la fois du catalogue du constructeur et de la consigne de navigabilité de 2021 qui a balayé tous les autres.

En 2000, plus de 2 000 PW4000 avaient dépassé 40 millions d'heures chez 75 exploitants. Les trente années jusqu'en 2017 ont porté la famille au-delà de 135 millions d'heures de vol et de 2 500 exemplaires livrés : des chiffres qui décrivent un moteur ayant passé l'essentiel de sa vie à être banal, ce qui est la seule forme de remarquable à laquelle un moteur ait droit.
Ce n'est pas fini. Le moteur de 94 pouces reste en production pour le ravitailleur Boeing KC-46 Pegasus, dérivé militaire du 767, et la flotte d'A330 équipée du moteur de 100 pouces a encore des années devant elle. Quatre décennies après le premier tour, le PW4000 est l'un des très rares moteurs encore fabriqués à avoir été conçu avant que le FADEC ne devienne un équipement standard.
Fiabilité et maintenance
Pendant l'essentiel de sa vie, le dossier de fiabilité du PW4000 fut ordinaire. Ce qui a changé cela, c'est une défaillance précise et répétée dans une seule famille : la rupture en vol d'une aube de premier étage de compresseur basse pression, l'aube de soufflante, sur le moteur de 112 pouces, sur Boeing 777.
Le 13 février 2018, le vol United Airlines 1175, un Boeing 777-222 immatriculé N773UA avec 374 personnes à bord, est en croisière stabilisée à 36 000 pieds au-dessus du Pacifique en route vers Honolulu lorsque l'équipage entend une forte détonation suivie de vibrations violentes. Une aube de soufflante s'était séparée du moteur droit, un PW4077, emportant des parties de l'entrée d'air et du capot de soufflante. L'équipage coupe le moteur, déclare une urgence et se pose à Honolulu. Personne n'est blessé et l'avion n'est que légèrement endommagé.

La conclusion du National Transportation Safety Board ne portait pas sur le métal. L'aube avait été inspectée deux fois par imagerie thermo-acoustique, technique qui excite une pièce par ultrasons et photographie la chaleur qu'une fissure dégage lorsque ses faces frottent, une première fois en 2010, une seconde en juillet 2015. Les deux fois, une indication est apparue exactement à l'endroit où la fissure s'est plus tard amorcée. Les deux fois, l'inspecteur l'a notée comme un défaut de la peinture utilisée pendant le procédé, et a remis l'aube en service.
Le NTSB a rattaché cela à une défaillance de formation dont la cause administrative est précise. Pratt & Whitney avait continué de classer l'imagerie thermo-acoustique comme « une technologie nouvelle et émergente », désignation qui lui permettait de continuer à l'employer sans élaborer de programme formel de formation initiale et continue ni de certification des inspecteurs, et ce après avoir inspecté plus de 9 000 aubes de soufflante à cette date. Un inspecteur a déclaré aux enquêteurs que la formation n'avait « jamais fourni de documentation de référence sur ce qu'il fallait regarder » et comportait « des images floues de ce à quoi les indications étaient censées ressembler ». Une technique établie comparable, le contrôle par courants de Foucault, exige plus de 1 200 heures de pratique pour être qualifié.
Trois ans plus tard, cela se reproduit. Le 20 février 2021, le vol United Airlines 328, un Boeing 777-222 immatriculé N772UA avec 239 personnes à bord, subit une séparation d'aube de soufflante, une rupture structurale du moteur et un incendie en vol sur le moteur droit, un autre PW4077, alors qu'il passe environ 12 500 pieds en montée au départ de Denver. Des débris tombent sur la banlieue de Broomfield. L'avion revient et se pose sans blessé, ni à bord ni au sol.

Le NTSB constate qu'une aube s'est rompue à 7,5 pouces au-dessus de son pied, au bord de fuite, avec une surface de rupture « compatible avec de la fatigue » et, à l'examen métallurgique, « de multiples amorces de rupture par fatigue sur la surface intérieure d'une cavité de l'aube ». Une seconde aube présente une rupture par surcharge compatible avec un dommage secondaire. L'aube rompue totalisait 2 979 cycles depuis sa dernière inspection et avait été passée en imagerie thermo-acoustique en 2014 et 2016.
La réponse réglementaire fut immédiate. Le 23 février 2021, la Federal Aviation Administration publie la consigne de navigabilité d'urgence 2021-05-51, effective par notification directe, imposant une inspection par imagerie thermo-acoustique à la recherche de fissures sur certaines aubes de premier étage de compresseur basse pression et le retrait de toute aube non conforme. La consigne vise les PW4074, 4074D, 4077, 4077D, 4084D, 4090 et 4090-3 et couvre 104 moteurs installés sur des avions immatriculés aux États-Unis. Le résumé de la cause par la FAA est laconique : « la défaillance en vol d'une aube de premier étage de compresseur basse pression sur un turboréacteur de modèle PW4077, entraînant un incendie moteur en vol ».
L'autorité japonaise et d'autres ont cloué au sol leurs 777 équipés de PW4000 en parallèle, et le type est resté hors service un an ou plus dans plusieurs flottes pendant que les aubes partaient chez Pratt & Whitney pour inspection. Le moteur est revenu, mais l'épisode est l'illustration moderne la plus claire d'un mode de défaillance qui n'est pas du tout un défaut de conception : un procédé d'inspection qui fonctionnait, appliqué par des gens à qui l'on n'avait pas appris à lire ce qu'il produisait.
Évolutions
Les programmes d'amélioration du PW4000 ont épousé la forme de ses trois familles plutôt que celle du moteur dans son ensemble. Le plus substantiel est Advantage70, pour le moteur de 100 pouces de l'A330, que Pratt & Whitney propose à la fois en PW4170 neuf et en kit de rétrofit, et auquel il attribue une augmentation de poussée de deux pour cent et une baisse de consommation de plus d'un pour cent, assorties de gains de durabilité et de coût de maintenance.
Le moteur a aussi été amélioré par son système de régulation plutôt que par son matériel. Le certificat du moteur de 100 pouces consigne que certaines versions du logiciel de régulation électronique portent leurs propres températures maximales de gaz d'échappement : la limite à laquelle un moteur tourne est donc fixée en partie par le code dans le calculateur et non seulement par le métal dans la turbine. Les deux familles sont approuvées pour un départ avec des pannes définies présentes dans le système de régulation, selon des critères exposés dans un rapport Pratt & Whitney plutôt que dans le certificat lui-même.
La modification la plus importante de la famille de 112 pouces ne fut pas une amélioration mais un régime d'inspection imposé. À la suite de la consigne de 2021, le bulletin de service d'alerte régissant l'imagerie thermo-acoustique des aubes de premier étage est devenu le document qui détermine quand un PW4000 de 777 peut voler : rappel que, pour un moteur mûr, le manuel de maintenance est un document plus vivant que le certificat de type.
Applications
Le moteur de 94 pouces est le plus polyvalent des trois. Il motorise les Boeing 747-400 et 767, le McDonnell Douglas MD-11, et les Airbus A300-600 et A310 : une liste qui couvre deux constructeurs, trois continents d'assemblage et des architectures à trois comme à quatre moteurs, ce qui est inhabituel pour un seul certificat.
Le moteur de 100 pouces n'a qu'une application : l'Airbus A330. Pratt & Whitney fournit aux exploitants d'A330 l'ensemble propulsif complet (moteur, nacelle, inverseur de poussée et accessoires) plutôt que le moteur nu, un arrangement plus courant aujourd'hui qu'au lancement de l'A330.
Le moteur de 112 pouces motorise les Boeing 777-200, 777-200ER et 777-300. Il ne motorise ni le 777-300ER, ni le -200LR, ni le 777F, tous exclusivement équipés de GE90 : ce qui signifie que la carrière 777 du PW4000 se limite à la première génération du type et comporte une date de fin naturelle, celle du retrait de ces appareils.
Une dernière application sort de ces trois catégories. Le Scaled Composites Stratolaunch, l'avion porteur à double fuselage doté de la plus grande envergure jamais volée, utilise des PW4056 récupérés sur des Boeing 747-400 retirés du service : six, soit plus de PW4000 sur une seule cellule que sur aucun avion jamais construit pour cela.
Records
La première la plus nette du PW4000 revient au moteur de 100 pouces. Pratt & Whitney affirme qu'il fut « le premier de l'histoire de l'aviation à être qualifié pour les opérations ETOPS avant son entrée en service », un véritable renversement du fonctionnement de cette approbation. L'ETOPS se gagnait rétrospectivement, en exploitant un moteur sur des routes plus courtes jusqu'à ce que son taux d'arrêt en vol justifie de l'éloigner davantage d'un terrain de déroutement. Se qualifier d'avance supposait de convaincre un régulateur que l'analyse et les essais pouvaient remplacer l'expérience en service, et la pratique est devenue normale depuis.
Le moteur de 112 pouces a établi le record de poussée de la famille au banc plutôt qu'en service, atteignant 100 000 lb en mai 1993 pendant le développement du 777. Aucun PW4000 certifié n'est donné à ce niveau ; la démonstration servait à montrer de la marge, ce qu'est généralement un record de poussée.
L'entrée la plus étrange du palmarès n'est pas l'œuvre de Pratt & Whitney. Le Scaled Composites Stratolaunch, avion porteur à double fuselage à la plus grande envergure jamais volée, est propulsé par six PW4056 prélevés sur des Boeing 747-400 retirés du service. C'est le plus grand nombre de PW4000 jamais installés sur une même cellule, et les six avaient déjà accompli une première vie sur l'avion de quelqu'un d'autre avant d'en commencer une seconde.
Postérité
La place du PW4000 dans l'histoire est celle du dernier de son espèce. Il a été conçu à une époque où l'on attendait encore d'un gros moteur civil qu'il serve tous les gros-porteurs du marché, et sa famille de 94 pouces y est presque parvenue. Les moteurs qui lui ont succédé (GE90, Trent 800, GEnx, Trent XWB) visaient chacun une ou deux cellules, parce que les cellules étaient devenues assez grandes et assez peu nombreuses pour qu'un moteur sur mesure soit rentable. Rien de ce qui a été construit depuis n'a eu à s'adapter à un 747, un 767, un MD-11, un A300 et un A310.
Son héritage technique tient aux matériaux. Les aubes monocristallines et les disques en métallurgie des poudres étaient un pari commercial lorsque le PW4000 les a adoptés à grande échelle ; ils sont aujourd'hui la référence de toute grande turbosoufflante en production, y compris chez les concurrents de Pratt & Whitney. Le FADEC raconte la même histoire, remarquable en 1984, obligatoire en 1995.
Son héritage en matière de sécurité est plus dérangeant et plus utile. Les ruptures d'aubes de 2018 et 2021 n'ont pas été causées par une faiblesse du moteur, mais par un programme d'inspection qu'on avait laissé fonctionner des années sur une base informelle, et le NTSB l'a dit en désignant une décision de classification plutôt qu'une pièce. C'est l'un des cas publiés les plus clairs d'une défaillance moderne dont la cause profonde réside dans la façon dont une organisation gère ses propres inspecteurs, et s'il est bien documenté, c'est que personne n'a été tué dans l'un ou l'autre événement.
Quatre décennies plus tard, il tourne encore, se construit encore et s'inspecte encore au regard d'un bulletin de service rédigé en réponse à une aube qui a lâché au-dessus du Pacifique. Ce n'est pas une fin élégante, mais c'est une fin qui fonctionne, et très peu de moteurs de sa génération fonctionnent encore.
Puissance selon l'altitude
Un moteur à pistons n'a pas de puissance unique. Chaque régime ci-dessous est celui que publient les sources pour une version donnée dans des conditions données, à l'altitude où il a été mesuré.
| Version et conditions | Altitude | Puissance |
|---|---|---|
| PW4052 (94 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 232,19kN |
| PW4056 (94 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 252,44kN |
| PW4062 (94 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 275,79kN |
| PW4062 (94 pouces), continu maximalcontinu maximal, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard | Niveau de la mer | 223,52kN |
| PW4164 (100 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 286,91kN |
| PW4168 (100 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 305,14kN |
| PW4170 (100 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 311,37kN |
| PW4170 (100 pouces), continu maximalcontinu maximal, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard | Niveau de la mer | 264,03kN |
| PW4090 (112 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 400,3kN |
| PW4098 (112 pouces), décollagedécollage, au point fixe au niveau de la mer en atmosphère standard, 5 minutes | Niveau de la mer | 435,9kN |
Évolution des versions
PW4000, soufflante de 94 pouces
1987275,79 kNLa famille d'origine : quinze modèles certifiés couvrant les Boeing 747 et 767, le MD-11 et les Airbus A300-600 et A310.
Taux de dilution 4,8 to 5,0, taux de compression global 27,5 to 32,3, poussée plafonnée à 86 ou 92 °F selon le modèle.
PW4000, soufflante de 100 pouces
1994311,37 kNConçu pour l'Airbus A330 et fourni en ensemble propulsif complet. Premier moteur qualifié ETOPS avant son entrée en service.
Taux de dilution 5,0, taux de compression global 32,0 to 35,4. Le PW4170 Advantage70 ajoute deux pour cent de poussée et plus d'un pour cent de consommation.
PW4000, soufflante de 112 pouces
1995400,3 kNLe moteur du Boeing 777, couvrant ce que Pratt & Whitney appelle la classe de 74 000 à 90 000 livres de poussée, et la famille dont les aubes de soufflante ont valu la consigne d'urgence de 2021.
A atteint 100 000 lb au banc en mai 1993 et reçu l'approbation ETOPS 180 minutes dès l'entrée en service.
- PW4000-94 Engine, Pratt & Whitney
- PW4000-100 Engine, Pratt & Whitney
- PW4000-112 Engine, Pratt & Whitney
- Type-Certificate Data Sheet IM.E.050, Pratt & Whitney PW4000-94 Series Engines, Issue 01, European Union Aviation Safety Agency
- Type-Certificate Data Sheet IM.E.043, Pratt & Whitney PW4000-100 Series Engines, Issue 02, European Union Aviation Safety Agency
- Airworthiness Directives; Pratt & Whitney Division Turbofan Engines (Emergency AD 2021-05-51), Federal Aviation Administration
- NTSB Issues Investigative Update for United Airlines Flight 328 Engine Failure Event, National Transportation Safety Board
- NDI Process Failures Preceded B777 PW4077 Engine Fan Blade Off, Aerossurance
- Pratt & Whitney PW4000, Wikipedia
Vérifié le 28 septembre 2026